Après plusieurs années d’ajustements, le système innovant de la plateforme Syppre Berry permet de maitriser la pression adventices. Son impact environnemental est inférieur à celui du système témoin, et sa rentabilité est supérieure. Seul l’objectif de productivité n’est pas atteint. Pour parvenir à cet équilibre, les choix initiaux ont dû être revus.

Une conception à l’épreuve du terrain
Au départ, les systèmes témoin et innovant ont été co-construits avec des experts locaux et le réseau d’agriculteurs Syppre Berry. Mais la mise à l’épreuve du système innovant a rapidement montré que certains leviers agronomiques ne produisaient pas les effets attendus. D’autres ont même généré des conséquences négatives, qui n’avaient pas été anticipées.
C’est notamment le cas de l’association pois-blé tendre. Le blé devait apporter plusieurs services au pois, notamment une réduction de la verse et une meilleure maîtrise des maladies. L’association a effectivement permis de limiter certaines maladies du pois. Mais elle a aussi favorisé le maintien de l’inoculum de piétin échaudage et accru la pression en vulpins dans le blé suivant, avec à la clé des pertes de rendement. L’association a donc été abandonnée à partir de 2019.
Une reconception quasi totale après six ans
Le choix des cultures de diversification a lui aussi évolué au fil des résultats. Le maïs s’est révélé trop difficile à conduire sans irrigation. Il a été remplacé par du millet à partir de 2021. Le blé dur a, quant à lui, laissé place au blé améliorant à partir de 2022.
Les premières campagnes ont également mis en évidence des difficultés de maîtrise des graminées adventices et une robustesse économique insuffisante. Le système innovant a donc fait l’objet d’une profonde reconception en 2021 – 2022. Certains choix se sont ensuite révélés déterminants. C’est le cas du positionnement du millet dans la rotation, considéré comme la culture entrainant la plus forte rupture dans la gestion des graminées. Sa place est désormais adaptée en fonction de la pression graminée observée dans les cultures précédentes. Une flexibilité qui s’est révélée payante pour mieux maîtriser le salissement.
Du temps et de l’accompagnement
L’expérience de la plateforme Syppre Berry illustre une caractéristique majeure des systèmes agroécologiques : leur construction demande du temps. Leur performance dépend aussi de la capacité à observer les résultats, à remettre en question les choix initiaux et à ajuster les pratiques. Ces évolutions reposent sur un travail collectif associant agronomes, conseillers, techniciens et agriculteurs.
La transition agroécologique ne consiste donc pas à appliquer un modèle « clé en main ». Elle repose sur un processus d’apprentissage continu, au cours duquel les échecs apportent autant d’informations que les réussites. L’expérience de Syppre Berry montre surtout qu’un système performant est un système capable d’évoluer.







