Premier bilan du système innovant : une rentabilité à améliorer

Si les résultats sont positifs pour diminuer les impacts environnementaux, la rentabilité économique n’est pas toujours au rendez-vous, cinq ans après la mise en place de la plateforme. Une réflexion est en cours pour ajuster les rotations afin de mieux les adapter au dérèglement climatique et à la réalité du terrain.

Un premier constat à deux facettes

La plateforme Syppre Berry a cinq ans ; c’est donc le temps de faire un premier bilan. « Le système innovant est performant par certains côtés, mais il ne donne pas les résultats attendus en termes de rentabilité économique et de gestion durable du désherbage », observe Matthieu Loos, le chargé de développement de Terres Inovia qui suit la plateforme. La raison ? L’arrêt, durant deux campagnes, de l’utilisation du glyphosate, ce qui a provoqué des proliférations de vulpins et chardons en particulier, mal gérés par le travail du sol. En outre, « les cultures de diversification prennent une part importante dans la rotation; or, elles sont sujettes aux aléas de météos et se sont montrées plus sensibles aux extrémités de température et de pluviométrie. Le dérèglement climatique est un facteur aujourd’hui beaucoup plus prépondérant qu’il y a cinq ans qu’il est capital de prendre en compte dans les sols argilo-calcaires du Berry ».

Un impact environnemental positif…

Le système innovant de la plateforme a eu un effet particulièrement positif sur l’environnement : l’azote minéral a été diminué de 40%, la consommation énergétique a été réduite et les Gaz à effet de Serre (GES) ont baissé d’1/3 grâce à l’insertion des légumineuses dans la rotation (de la lentille et du pois d’hiver).

Les produits phytosanitaires (IFT) ont également été baissé d’1/3 dans le système innovant. « Mais, à trop vouloir baisser les intrants, une augmentation du salissement sur les parcelles a été observé. Certaines flores, comme les dicotylédones estivales et certaines graminées, ont par conséquent été plus difficiles à maîtriser dans certaines cultures de printemps, et même dans les cultures d’hiver », note Matthieu Loos.

Néanmoins, les résultats sur les colzas ont été très positifs. « Quand les conditions de semis et de levée le permettent, nous parvenons à avoir des colzas avec très peu d’IFT. La mise en place de conditions de croissance précoces et optimales permettant la création d’un colza robuste entraîne une diminution des intrants. »

…mais une rentabilité en-deçà des objectifs

Les performances économiques ne sont pas au rendez-vous. « Pour les cultures de diversification, le rendement se dégrade au bout de 2-3 ans et manque de régularité. Ces cultures sont sensibles et le rendement se montre variable ».

En revanche, le blé qui suit le tournesol donne de bons résultats de manière plus régulière, avec un rendement à 73 q/ha, contre 68 q/ha pour le système classique en précédent colza.

Réajuster le système innovant

A la suite de ce premier constat, une réflexion est en cours pour s’adapter à la réalité du terrain et, surtout, à ces nouvelles complexités climatiques. « Il faut revoir le système innovant pour réintégrer des cultures économiquement plus rentables (blé/colza) et insérer les cultures de diversification de manière différente ».

Trois systèmes sont étudiés

Intégrer la luzerne fourragère pour casser la rotation afin de mieux maîtriser les adventices, avec une fauche prévue trois fois par an ;

Alterner deux cultures de printemps à la suite pour réduire efficacement la pression des graminées, tout en maintenant une certaine part de cultures « économiquement sécuritaires » comme le blé et le colza ;

Introduire des effluents organiques pour améliorer la fertilité du sol et améliorer la croissance des cultures qui vont suivre, plus particulièrement le colza.

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