Projet Syppre : Un chiffre sur chaque composante de la transition agroécologique

Depuis 2014, Arvalis, Terres Inovia et l’ITB pilotent l’action Syppre, un dispositif unique en France qui associe essais « Systèmes », observatoire des pratiques et réseaux d’agriculteurs. Son objectif ? Concilier productivité, rentabilité et excellence environnementale. Le point avec Marie Estienne, coordinatrice de Syppre.

L’ensemble des résultats des plateformes Syppre ont été présentés lors de colloques aux champs entre mai et octobre 2024

Perspectives Agricoles : Comment est né le projet Syppre et dans quel but ?

Marie Estienne : À partir des années 2010, les instituts techniques agricoles (ITA) se sont emparés du sujet de l’agroécologie pour répondre aux enjeux de durabilité de l’agriculture française. Plutôt que de travailler chacun de son côté, nous avons rassemblé les expertises de nos trois ITA, et grâce au soutien du GIS Grandes Cultures et du PNDAR , nous avons bâti une action à la méthodologie unique : Syppre. Elle est composée de trois volets : un observatoire des pratiques agricoles, des plateformes expérimentales mettant à l’épreuve du terrain des systèmes innovants, et des réseaux d’agriculteurs pour inspirer les essais et transférer les innovations testées.
Déclinés dans cinq régions représentatives des grandes cultures, les systèmes que nous étudions parient sur l’agroécologie pour atteindre la multiperformance : produire autant, être rentable, diminuer la dépendance aux phytos et aux engrais azotés, et améliorer la fertilité des sols. Construits avec des producteurs, des coopératives et des Chambres d’agriculture, ces systèmes innovants mobilisent divers leviers. Leurs performances sont comparées à un témoin représentatif des pratiques locales (cultures, rotation) et conduit selon les conseils des ITA.
PA : Quel(s) défi(s) avez-vous rencontré dans la mise en oeuvre de Syppre, et qu’en retenez-vous ?
M.E : Qui dit innovant, dit « nouveau » et « apprentissage ». Par conséquent, la bonne maitrise des leviers agro-écologiques, de leurs combinaisons et d’itinéraires techniques alternatifs ne s’est pas faite en une campagne. Nous avons parfois dû reconcevoir des systèmes en cours de route car les choix initiaux nous conduisaient dans des impasses techniques, par exemple, sur la gestion des adventices. Et ce, sans pour autant ignorer nos objectifs initiaux dont certains, comme la fertilité des sols, s’inscrivent sur le long terme. Mais c’est aussi ça la philosophie de Syppre : prendre les risques pour les agriculteurs, apprendre, ajuster et témoigner pour inspirer leurs propres expérimentations. La collaboration à trois ITA est aussi très appréciée : nous parlons d’une même voix, considérant les effets d’une pratique à l’échelle du système. Enfin, nous avons fait de Syppre une référence en matière d’approche systémique et de développement méthodologique, ce qui est utile à de nombreux autres projets.


PA : Dans les grandes lignes, que faut-il retenir des huit ans d’essais Syppre ?
M.E : D’abord, que bâtir un système multiperformant est possible : on en a l’exemple sur deux sites. Ensuite, que ce n’est pas une recette de cuisine mais une démarche basée sur l’observation, l’anticipation et la réactivité. Enfin, qu’il faut du temps, minimum cinq ans, avant d’aboutir à un nouveau système stabilisé. Tout ce que nous avons testé est finement documenté et analysé. Syppre pose des chiffres très clairs et objectifs sur chaque composante de la transition agroécologique, et sur les verrous qui limitent sa mise en oeuvre. Maintenant, à nous ITA, avec l’aide de nos partenaires du monde agricole, de les faire connaître. Ceci afin que chacun à son niveau puisse disposer des bons outils pour favoriser une transition viable pour la Ferme France, durable pour l’environnement et garante de notre souveraineté alimentaire.

Pour aller plus loin, rendez-vous sur le site de Perspectives agricoles

Sur la même thématique

 

Des rendements hétérogènes sur la plateforme #Champagne

Des écarts de rendement assez importants sont constatés sur la plateforme champenoise, traduisant des différences dans les conduites culturales. Betteraves : la modalité en TCS, avec un escourgeon en culture précédente,

Dans la même région

 

 

Pas simple de se passer du glyphosate avant betterave en TCS

L’objectif est a été fixé de se passer du glyphosate sur l’ensemble des plateformes expérimentales Syppre. En Champagne, des difficultés ont été rencontrées avant betterave. Deux conduites différentes sont réalisées

A lire aussi

 

Renouer avec de bons rendements en blés dur tout en gérant son coût de production

Expérimentée depuis 10 ans, la stratégie de fertilisation des blés durs innovant dans le Lauragais produit depuis quelques années de très bon résultats : les rendements sont meilleurs que dans le système témoin avec 80 unités d’azote en moins et sans perte de protéines : Explications. Le système innovant du Lauragais mobilise plusieurs leviers de l’agroécologie : la

Les derniers
articles