#SyppreChampagne – Le système innovant peine à stocker du carbone dans le sol

Le projet européen ClieNFarms s’appuie sur des cas d’étude et des fermes pilotes pour promouvoir l’adoption de leviers bas-carbone dans les systèmes de culture et systèmes d’élevage. La plateforme Syppre en Champagne est mise à profit pour l’acquisition de données et l’établissement de bilans à échelle pluriannuelle.

Les systèmes de culture des plateformes Syppre font l’objet d’un suivi rigoureux, et de relevés précis de la conduite des cultures, des interventions, et des résultats agronomiques et économiques de systèmes testés. À la conception du système innovant Syppre en Champagne crayeuse, une spécificité régionale mise en exergue était la dépendance assez forte en engrais azotés des systèmes locaux, et un besoin de diminuer globalement leurs émissions de Gaz à Effet de Serre (GES). Même s’il a évolué depuis son démarrage en 2015, le système testé, comparé à un système de référence conventionnel régional, met en œuvre des solutions pour réduire la dépendance aux engrais minéraux azotés sans recourir à des apports organiques. La succession de culture donne place à des légumineuses, aussi positionnées en interculture, à des cultures à besoins modérés, et l’agencement de la succession vise à limiter les pertes d’azote dans le milieu.

La plateforme apporte des références mesurées valorisées dans le projet ClieNFarms. La règle définie pour tous les sites producteurs de données mesurées (“fermes démo” du projet) est que les leviers testés en système innovant sont mis en regard d’une seule année référence, 2018, pour le système témoin. À côté de la plateforme Syppre, des exploitations mettent en œuvre un ou plusieurs leviers à échelle de grandes parcelles pour les tester en vraie grandeur (non détaillé ici). 

Les calculs de bilan sont établis selon la méthode labellisée Bas Carbone Grandes Cultures, via le logiciel Carbon Extract (Agrosolutions). Les objectifs de réductions d’émissions de GES, essentiellement émis sous forme N₂O et liés à la fertilisation minérale azotée, sont atteints (figure 1). L’effet des leviers mis en application est mesuré dès leur mise en action. Sur les 5 ans, la réduction cumulée est de – 440 tonnes éq. CO2 pour une surface cultivée totale de 180 ha. Le point faible du système, qui, pour rappel, vise la multiperformance et pas uniquement l’amélioration du bilan carbone, est le manque de stockage de C dans le sol, lequel doit toujours être évalué conjointement aux réductions d’émissions pour établir un bilan complet. Le bilan global n’est pas amélioré sur 5 ans lorsqu’on somme les deux contributions, émissions et stockage (figure 2) : la diversification des cultures introduit des espèces qui rapportent peu de résidus (légumineuses, chanvre), relativement aux cultures du système témoin (majoritairement en cultures de blé, orge et colza). Le manque de stockage de carbone est aussi dû à des destructions précoces de cultures (prédateurs, gel) dans le système innovant. Dans ce système de culture, ce sont des apports de produits organiques qui permettraient de rééquilibrer et d’atteindre un bilan favorable.

Figure 1 : les leviers mis en place concourent à une diminution des quantités d’azote minéral apportées aux cultures. L’effet est immédiat dès les premières années de mise en œuvre.
Figure 2 : Les chiffres de stockage sont négatifs : ils indiquent que la tendance du système innovant, comme celle du système témoin, est « déstockante » : le sol part d’une teneur assez élevée, issue de l’historique de la parcelle. Mais le déstockage est accentué par le système innovant, en pénalisant son bilan global.

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