Les résultats

Chaque année, les expérimentateurs du projet Syppre en limons profonds de Picardie font un bilan des résultats et enseignements, de la campagne écoulée, et en pluriannuel depuis le début de l’expérimentation.

La campagne 2024-2025 se caractérise par des conditions climatiques relativement pluvieuses à l’automne, qui retardent les semis des cultures d’hiver, et des conditions plus sèches au printemps. Malgré tout, la maîtrise des implantations des cultures d’automne est réussie, à l’exception de la féverole en précédent maïs, compliquée par la gestion des cannes.

La stratégie d’implantation des betteraves à la suite de l’arrêt du strip-till d’été semble prometteuse et égale cette année encore la qualité d’implantation du témoin labouré : décompactage à la fin de l’été, semis du couvert, destruction du couvert en sortie hiver, reprise avec un vibroculteur au printemps et semis au mono-graine. L’implantation des pommes de terre est réalisée via un pré-buttage d’automne : décompactage en fin d’été, suivi du semis d’un couvert d’interculture puis d’un buttage, dont l’objectif est d’atteindre le potentiel de rendement de la pomme de terre tout en évitant un travail et un affinage excessif du sol au printemps. Cette année les buttes ont été reprises en sortie d’hiver, la qualité structurale du sol étant insuffisante pour la plantation. Si les années précédentes cette technique avait permis d’atteindre un rendement équivalent ou supérieur au témoin, ce n’est en revanche pas le cas pour la campagne 2025. La poursuite de l’essai devrait permettre d’affiner l’intérêt de la technique. Le désherbage mécanique des pomme de terre à été testé pour la première fois cette campagne : celui-ci permet une réduction significative de l’IFT herbicide (de 3.1 dans le témoin à 1.1 dans l’innovant), tout en maintenant une gestion des adventices relativement satisfaisante, quoique moins bonne que dans le témoin.

Le pilotage de la fertilisation azotée des blés avec l’outil CHN montre également un intérêt pour la troisième campagne consécutive, permettant une économie de l’ordre de 30 uN sur les blés du système innovant par rapport au témoin en 2025, sans pénaliser le rendement. La nutrition azotée des blés des 2 systèmes est cependant pénalisée par les conditions climatiques sèches.

Enfin, la stratégie colza robuste confirme encore son intérêt sur cette campagne : le colza est semé tôt (19/08) en association avec des légumineuses, la croissance dynamique conduit à des biomasses entrée hiver supérieure à 1kg/m2, ce qui permet de réaliser une impasse insecticide tout en dépassant les objectifs de rendement, avec un rendement de 50q/ha dans l’innovant. Le précédent féverole permettant également une économie de 30uN, le colza précédent féverole réalise la meilleure marge du système innovant.

En pluriannuel, on constate une bonne maîtrise de la gestion de la nutrition des cultures et des maladie et ravageurs sur le système innovant. Si la gestion des adventices est globalement satisfaisante, la flore de dicotylédones (chénopodes en particulier) et vivaces (chardons) reste à surveiller, et risque surtout de pénaliser les cultures de printemps du système innovant. Enfin, les rendements objectifs sont difficiles à atteindre dans le système innovant, ce qui est encore le cas en 2025.

Tableau 1 : Évaluation de la maîtrise technique et agronomique pour chaque rubrique de gestion du système de culture innovant (vert => satisfaisante, jaune => moyennement satisfaisante, rouge => non satisfaisante).

Un système innovant plus performant en termes d’usage d’intrants et d’impact environnemental, mais qui reste moins productif et rentable

Les performances du système innovant sont très bonnes en termes de réduction de l’usage des intrants et des impacts environnementaux (tableau 2). A l’inverse, les résultats économiques et de productivité sont inférieurs dans le système innovant depuis le début de l’essai, notamment en raison des très bonnes performances économiques du système témoin (surface plus importante de cultures à haute valeur ajoutée dans l’assolement témoin ; bonne maitrise technique de ces cultures). Si l’évolution de la rotation et l’amélioration des performances des cultures industrielles du système innovant avait permis de réduire les écarts de marge entre systèmes témoin et innovant les 2 dernières années, l’écart de rentabilité est conséquent en 2025. Celui-ci s’explique notamment par un apport de PRO plus important que prévu, lié à des contraintes d’approvisionnement. Cet apport pèse fortement sur la marge du système innovant en 2025, sans être compensé par une amélioration des performances des cultures en 2025, mais devrait contribuer à une amélioration des performances du système sur le long terme.

Tableau 2 : Performances du système de culture innovant (et variations par rapport à l’objectif).

Des enseignements utiles pour répondre aux défis des systèmes de production des Hauts-de-France

Que les résultats soient positifs ou négatifs, ces 9 premières années d’expérimentation du système innovant ont permis de générer des enseignements utiles à tous ceux qui souhaitent s’engager dans la transition agroécologique en limons profonds avec cultures industrielles (tableau 3).

Tableau 3 : Enseignements des 9 premières années d’expérimentation du système innovant.

Pour aller plus loin