Chaque année, les expérimentateurs du projet Syppre en sols argilo-calcaires du Berry font un bilan des résultats et enseignements, de la campagne écoulée, et en pluriannuel depuis le début de l’expérimentation.
La campagne 2025 : une nouvelle année historiquement difficile en grandes cultures dans la région, qui pénalise fortement les 2 systèmes
Tout comme la campagne précédente, la campagne 2024-2025 connait un automne historiquement pluvieux qui affecte fortement les implantations des cultures d’automne, ainsi qu’une sècheresse exceptionnelle dès le mois de mai qui pénalise la fin de cycle des cultures d’automne et impacte fortement les cultures de printemps. Les résultats économiques des exploitations de la région sont en conséquence fortement impactés. Dans ce contexte climatique et économique difficile, il est intéressant de noter que le système innovant se montre un peu plus résilient que le témoin colza-blé-orge, comme en 2024.
Malgré les conditions climatiques pluvieuses, les implantations des cultures d’automne sont plutôt bien maitrisées, à l’exception du blé semé sous couvert semi-permanent de trèfle et du pois d’hiver qui ont été particulièrement pénalisées par des semis tardifs en conditions plus humides. La stratégie de semis tardif du pois en direct, après un couvert de moutarde et sorgho, reste malgré tout pertinente et sera maintenue pour la prochaine campagne. Le semis tardif du pois permet de limiter le risque maladie : aucune maladie n’a été observée cette campagne, avec un semis mi-novembre. Le bilan de l’implantation de blé sous couvert semi-permanent est plus mitigé : on note une belle réussite du couvert semi-permanent en interculture (5tMS/ha), mais le trèfle violet n’a pas favorisé le ressuyage des sols argileux, rendant les conditions de semis plus délicates et humides. Ces dernières ont favorisé la pression des limaces, entrainant des pertes de pieds non négligeables. L’implantation réussie du colza (semis direct) et la bonne dynamique de croissance à l’automne (conditions climatiques favorable et apport d’azote) conduisent à des colzas robustes en entrée hiver. Les implantations des cultures d’été ont quant à elles été pénalisées par les conditions sèches. Les conditions d’humidité au semis de la lentille en sortie hiver, et les tassements de sol en conséquence, ont conduit à des pertes de pieds par fusarium et pythium non négligeables. A l’exception de la lentille, les maladies sont bien maitrisées sur l’ensemble des cultures, la pression en maladie foliaire étant dans l’ensemble plutôt faible sur la campagne. Concernant les ravageurs, on note une forte pression limace sur la majorité des cultures, insectes sur colza (CBT, charançon de la tige, méligèthes) et cécidomyies sur céréales. L’impasse du traitement insecticide contre le CBT sur les parcelles du système innovant où le colza était le plus robuste a conduit à des dégâts à floraison, mais l’écart de rendement avec le colza témoin (traité) est finalement négligeable.
Les objectifs de rendement ne sont pas atteints pour la majorité de cultures, principalement du fait des conditions climatiques non favorables. Le rendement cultures d’automne est pénalisé par des stress hydriques et thermiques en fin de cycle, et les cultures de printemps sont très fortement impactées par la sécheresse estivale, la culture de millet n’a même pas pu être récoltée compte tenu des pertes de pieds et de l’épiaison très tardive. Le système innovant, diversifié avec des cultures de printemps, est donc plus fortement pénalisé par le climat que le témoin en 2025.
Gestion des adventices : le système innovant diversifié confirme son intérêt par rapport au témoin colza-blé-orge
La gestion des adventices est une problématique majeure sur la plateforme : elle s’est améliorée dans le système innovant jusqu’à donner satisfaction sur les deux dernières campagne, à l’inverse du système témoin (tableau 1).
La campagne 2025 confirme les résultats des années précédentes, à savoir :
- Intérêt de la rupture avec des cultures d’été, millet et tournesol. L’effet est très bénéfique pour la culture suivante : la gestion des adventices est très satisfaisante en 2025 pour la lentille implantée après un millet. De même, l’orge suivant un tournesol présente une faible pression en graminées en comparaison avec l’orge témoin, ce qui conduit à une amélioration significative des performances de l’orge : rendement de 38q/ha dans le témoin vs 83q/ha dans l’innovant en 2025. Cet écart illustre bien la difficulté de gestion des graminées dans les systèmes colza-blé-orge.
En revanche, les conséquences de l’arrêt de la succession de 2 cultures de printemps ces dernières campagnes commencent à être visibles : présence de vulpins dans le blé arrivant 3 ans après le tournesol. La présence, certes faible, de vulpins dans le tournesol cette année peut également expliquer que l’on retrouve des vulpins dès la troisième culture suivant celui-ci. - Intérêt de la stratégie d’évitement des levées de graminées (glyphosate puis semis en direct) lorsque les conditions le permettent
Tableau 1. Evaluation de la maîtrise technique et agronomique pour chaque rubrique de gestion des systèmes de culture innovant et témoin (vert => satisfaisante, jaune => moyennement satisfaisante, rouge => non satisfaisante)

Une atteinte de la multiperformance après plusieurs années qui se confirme
Les performances du système innovant sont en moyenne très bonnes en termes de réduction de l’usage des intrants et des impacts environnementaux, grâce à l’introduction de cultures de diversification peu exigeantes en intrants. Si l’apport d’azote minéral est stable depuis 2016 avec une réduction d’environ -30% par rapport au témoin (conforme aux objectifs), l’objectif ambitieux de réduction d’IFT de -50% par rapport à la référence régionale n’est pas atteint. La réduction de l’IFT reste cependant très satisfaisante : -30% par rapport à la référence régionale et -27% par rapport au témoin en moyenne. Cette réduction par rapport au témoin est permise à la fois par l’introduction de cultures à faible IFT (tournesol, millet), et par la réduction de l’IFT sur les cultures principales, en particulier de l’IFT herbicide (tableau 2).
Cette réduction de l’usage des intrants s’accompagne d’une réduction des impacts environnementaux, qui répond aux objectifs fixés (émission GES, consommation d’énergie).
Concernant les objectifs économiques, on observe une amélioration des performances de l’innovant relativement au témoin depuis 2021 : la rentabilité de l’innovant est inférieure au témoin sur les premières années, et supérieure ou égale ou témoin depuis 2021. Cela peut s’expliquer par différentes raisons : remplacement du maïs par le millet (plus résilient face aux aléas climatiques, bien que les sécheresses estivales restent pénalisantes pour le millet comme en 2024 et 2025), amélioration de la maitrise technique globale, amélioration de la maitrise des adventices… En 2025, la meilleure rentabilité de l’innovant par rapport au témoin s’explique par les très mauvaises performances de l’orge témoin (marge négative, liée à la forte pression vulpin) qui pénalise fortement la marge de l’assolement. Les marges directes hors aides sont proches dans les 2 systèmes, mais les aides PAC supérieures dans le système innovant (niveau supérieur de l’éco régime atteint) permettent d’atteindre une meilleure rentabilité, qui, en valeur absolue, n’est toutefois pas satisfaisante.
Tableau 2. Performances du système de culture innovant (et variation par rapport à l’objectif).

Des enseignements utiles pour répondre aux défis des systèmes de production de Champagne berrichonne
Que les résultats soient positifs ou négatifs, ces premières années d’expérimentation du système innovant ont permis de générer des enseignements utiles à tous ceux qui souhaitent s’engager dans la transition agroécologique en sols argilo-calcaires moyens (tableau 3).
Tableau 3 : Enseignements du système innovant du Berry

Pour aller plus loin