Les résultats

Chaque année, les expérimentateurs du projet Syppre en sols argilo-calcaires du Berry font un bilan des résultats et enseignements, de la campagne écoulée, et en pluriannuel depuis le début de l’expérimentation.

Le système innovant tire son épingle du jeu en 2024, année historiquement difficile en grandes cultures

Le climat atypique de la campagne 2023-2024, particulièrement pluvieux de l’automne 2023 jusqu’à l’automne 2024 a fortement affecté les semis et les récoltes des cultures d’automne comme de printemps dans la région. Les rendements des céréales sont les plus fortement impactés, mais les oléoprotéagineux sont également pénalisés, conduisant à des résultats économiques compliqués pour les exploitations dans la région. Dans ce contexte climatique et économique difficile, le système innovant diversifié se montre plus performant et résilient que le système témoin en rotation colza/blé/orge.

Malgré les conditions climatiques pluvieuses, les implantations des cultures d’automne sont relativement bien maitrisées, notamment le pois d’hiver dont le semis tardif le 26 novembre (pour limiter les risques de maladie) est bien réussi. En revanche, le colza innovant implanté en semis direct est moins robuste, de croissance moins dynamique, que le colza témoin implanté en TCS, ce qui conduit à une sensibilité plus importante aux ravageurs (altise, charançon de la tige, méligèthe) et à un nombre de pieds avec port buissonnant à floraison plus important. Concernant l’implantation des cultures de printemps, les conditions climatiques non favorables à l’implantation en mars et la reprise difficile du travail du sol empêchent l’implantation de la lentille. Celle-ci est remplacée par un tournesol. Les implantations de tournesol et millet sont relativement satisfaisantes, en particulier dans les modalités où un couvert d’interculture est implanté en semis direct.

Si les conditions climatiques conduisent à une forte pression maladie, en particulier sur colza (mycosphaerella) et céréales (septoriose, ramulariose), l’impact des maladies sur le rendement paraît plutôt limité. Le semis tardif des pois permet une meilleure maîtrise du colletotrichum que les années précédentes, avec un impact de la maladie, certes visible mais plus tardif que dans la plaine. Les ravageurs des cultures sont bien maîtrisés sur la plateforme, à l’exception des pigeons et des lièvres qui pénalisent très fortement le rendement du pois et des tournesols. La présence de cécidomyies sur céréales est aussi à noter, bien que l’impact reste limité sur le rendement dans quelques parcelles.

Les conditions climatiques de l’année pénalisent également la nutrition azotée de la majorité des cultures dans les systèmes témoin comme innovant, avec des indices de nutrition azotée à floraison très faibles.

Les objectifs de rendement ne sont pas atteints pour l’ensemble des cultures, du fait des conditions climatiques mais également de l’impact des lièvres et pigeons sur pois et tournesol, des dégâts liés aux ravageurs d’automne sur colza, de la grêle sur millet… Cependant, il faut noter que les rendements des céréales du système innovant sont très corrects au vu des conditions de l’année, et sont bien supérieurs à ceux du système témoin : +11 q/ha pour les orges et + 4 à 9 q/ha pour les blés. Le rendement du colza témoin, plus robuste, dépasse en revanche celui de l’innovant de 2,8 q/ha.

Gestion des adventices : amélioration de la maîtrise dans le système innovant diversifié, un système témoin colza/blé/orge qui atteint ses limites

La gestion des adventices est une problématique majeure sur la plateforme : elle s’est améliorée dans le système innovant sans être encore totalement satisfaisante malgré tout en 2024 , à l’inverse du système témoin où elle est non satisfaisante et se dégrade (tableau 1).
La campagne 2024 confirme les résultats des années précédentes, à savoir :

  • Intérêt de la rupture avec des cultures d’été, en particulier du millet qui peut être semé mi-mai après les dernières levées de vulpins, mais également du tournesol (orge de tournesol très propre en 2024, avec un gain de rendement de 11 q/ha par rapport au témoin, qui s’explique notamment par la moindre concurrence avec les adventices).
  • Intérêt de la stratégie d’évitement des levées de graminées (glyphosate puis semis en direct) lorsque les conditions le permettent. L’écart d’IFT de -1,3 du colza innovant semé en SD par rapport au colza témoin semé en TCS l’illustre bien.
  • La stratégie mise en place pour réduire les IFT herbicide tout en maintenant une bonne maitrise semble pertinente, avec une impasse du traitement de pré-levée dans les situations les moins risquées (précédent propre, semis en SD et/ou semis tardif). Cela a conduit a réduire l’IFT herbicide en céréales par rapport à l’année dernière tout en maintenant une bonne maîtrise.
    Dans le système témoin, malgré la réalisation d’un labour avant l’implantation de l’orge, la situation n’est pas satisfaisante, ce qui illustre bien la difficulté de gestion des graminées dans les systèmes colza-blé-orge.

Tableau 1. Evaluation de la maîtrise technique et agronomique pour chaque rubrique de gestion des systèmes de culture innovant et témoin (vert => satisfaisante, jaune => moyennement satisfaisante, rouge => non satisfaisante)

Vers une atteinte de la multiperformance

Les performances du système innovant sont en moyenne très bonnes en termes de réduction de l’usage des intrants et des impacts environnementaux, grâce à l’introduction de cultures de diversification peu exigeantes en intrants. Si l’apport d’azote minéral est stable depuis 2016 et conforme aux objectifs de réduction, l’objectif de réduction d’IFT de -50% par rapport à la référence régionale n’est pas atteint et l’IFT en augmentation ces dernières années (en 2023, il est supérieur au témoin, du fait des programmes herbicides chargés sur céréales, colza et tournesol). Cependant, les efforts de réduction des herbicides réalisés cette année contribuent à expliquer la baisse de l’IFT observée en 2024, qui est de 3.8 soit environ -30% par rapport à la référence régionale et au témoin (tableau 2).

En pluriannuel, on peut noter que l’atteinte des objectifs économiques est variable : les années à été humide (2017, 2021, 2023) sont favorables aux cultures de printemps et donc au système innovant. De plus, on observe une amélioration des performances du système innovant, au moins équivalentes à celles du témoin sur les 4 dernières campagnes, qui peut s’expliquer par des différentes raisons : remplacement du maïs par le millet (particulièrement performant en 2022 et 2023, avec une pluviométrie suffisante fin de printemps), amélioration de la maîtrise technique globale, amélioration de la maitrise des adventices… Le gain de marge du système innovant par rapport au témoin n’a jamais été aussi important qu’en 2024 (+137%), qui s’explique notamment par les très mauvaises performances du témoin en 2024. En moyenne pluriannuelle, les marges des deux systèmes sont équivalentes, mais celle du système innovant est plus variable, traduisant encore un manque de robustesse.

Tableau 2. Performances du système de culture innovant (et variation par rapport à l’objectif).

Des enseignements utiles pour répondre aux défis des systèmes de production de Champagne berrichonne

Que les résultats soient positifs ou négatifs, ces premières années d’expérimentation du système innovant ont permis de générer des enseignements utiles à tous ceux qui souhaitent s’engager dans la transition agroécologique en sols argilo-calcaires moyens (tableau 3).

Tableau 3 : Enseignements des 7 premières années d’expérimentation du système innovant du Berry.

Pour aller plus loin