#SypprePicardie – La fin du strip-till sur la betterave

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Sur la plateforme Syppre Picardie, l’implantation des cultures est au cœur des préoccupations depuis son lancement. En ce qui concerne le système innovant, afin de préserver la fertilité des sols, différents leviers sont mobilisés, notamment la réduction du travail du sol avec l’arrêt du labour. Pour maximiser les chances de réussite de l’implantation de la betterave dans ce contexte, le strip-till a été essayé : ce mode de semis, avec un travail uniquement sur le rang, permet un bon enracinement de la culture tout en limitant la perturbation du sol. Cependant, après plusieurs années de tests du strip-till sur la betterave, il a été décidé d’abandonner cette dernière pour des raisons économiques et environnementales.

Au démarrage de la plateforme, le strip-till était classiquement réalisé en entrée d’hiver puis répété au moment du semis. Les fenêtres climatiques limitées à cette période ne permettant pas des passages dans des conditions optimales, le choix a été fait de décaler le passage en été.

Le strip-till d’été pour travailler le rang dans les meilleures conditions

À partir de l’été 2020, le strip till est réalisé fin août au moment du semis du couvert d’interculture. Un couvert à base de légumineuses, crucifères anti-nématodes et phacélie est semé sur toute la parcelle, tandis qu’un tournesol est implanté sur le rang de strip-till. Cette espèce présente deux avantages : maintenir le travail réalisé au cours de l’été tout au long de l’hiver avec son pivot (les limons ayant tendance à se refermer avec la pluie) et geler rapidement afin de ne pas gêner les semis au printemps.

Crédit : Terres Inovia.

Après la destruction du couvert, une reprise du travail du sol restait néanmoins nécessaire. Deux techniques ont été testées dans des contextes différents : l’utilisation du disque ouvreur du strip-till en 2021, et une reprise superficielle avec le Condor Line en 2022.

Des levées homogènes mais un développement aléatoire

En 2021, les conditions humides du printemps ne permettaient pas une reprise avec la dent du strip-till sans provoquer des lissages, néfastes au bon développement racinaire de la betterave. Le choix a donc été fait de n’utiliser que le disque ouvreur. La levée fut homogène, mais une partie des plantes a stoppé son développement jusqu’au retour des premières pluies un mois et demi après les semis provoquant au final une perte de presque 30% de rendement. Deux suppositions à cet arrêt de croissance : un manque de terre fine sous la graine à la suite du passage du disque ouvreur en conditions humides, ou une carence de surface, favorisée par les conditions climatiques et le peu de travail du sol.

Une structure correcte : un non-travail du sol possible

Malgré la perte de rendement observée en 2021, un point positif est à noter : la structure du sol. En effet, dans le cadre du projet Sol D’Phy2, des profils de sol et racinaires ont été réalisés au cours de la campagne mettant en avant une bonne structure sur le rang, travaillée presque un an auparavant. Preuve que la technique portait ses fruits.

En 2022, la reprise a donc été effectuée avec un outil de préparation de sol superficielle, le Condor Line, qui permet de ne travailler que le rang semé à la manière du strip-till. Une nouvelle fois, la levée fut très homogène, mais les conditions climatiques sèches du printemps n’ont pas permis un développement racinaire continu, le pivot des betteraves cherchait la porosité du sol malgré une très bonne structure. Finalement, le rendement de la betterave du système innovant en 2022 est à peu près équivalent à celui du système témoin.

Bilan économique décevant et performances techniques non satisfaisantes

Les performances économiques de la betterave sont meilleures dans le système témoin labouré que dans le système innovant, pour les 2 campagnes où le strip-till d’été est testé. Si, en 2021, l’écart de marge directe s’explique principalement par un écart de rendement lié au moins bon développement de la betterave innovante conduite en strip-till, d’autres facteurs peuvent également expliquer ces écarts de marge, comme les charges relativement élevées dans le système innovant (charges en intrants et charges mécaniques).

Même si le strip-till permet d’éviter le labour (une technique coûteuse en carburant et perturbant les horizons du sol), il nécessite tout de même de nombreux passages d’outils, parfois difficiles à régler et très dépendants des conditions climatiques. A cela vient s’ajouter un couvert d’interculture plus complexe, nécessitant un passage chimique pour sa destruction. Par ailleurs, comme l’inter-rang n’est jamais travaillé, les désherbages doivent être plus précoces et donc plus nombreux qu’en labour classique, ce qui conduit à un indice de fréquence de traitements (IFT) herbicides supérieur dans le système innovant.

IFT herbicide betterave sur les campagnes avec strip-till (source : Terres Inovia).

Simplification des pratiques en évitant le retour au labour

L’année 2023 marque donc l’arrêt du strip-till sur les cultures de printemps de la plateforme. La technique est également abandonnée en maïs, a cause des résultats similaires à ceux observés en betterave.

La nouvelle stratégie d’implantation de la betterave en technique culturale simplifiée (TCS) semble prometteuse : décompactage à la fin de l’été, semis du couvert, destruction du couvert en sortie hiver, reprise avec un vibroculteur au printemps et semis au mono-graine. Cette stratégie permet une bonne qualité d’implantation de la betterave, et permet de réduire le temps de travail et les émissions de GES en comparaison avec le témoin labouré. En revanche, le taux de sucre plus faible obtenu dans la betterave du système innovant (dans la cause n’a pas été pleinement identifiée) ainsi que la mise en place d’un couvert plus complexe expliquent la différence de marge directe à la faveur du témoin observée en 2023.

Source : Terres Inovia.

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