Depuis dix ans, le projet Syppre met à l’épreuve du terrain divers systèmes agroécologiques, dans l’objectif d’atteindre la triple performance : technique, environnementale et économique. Ses conclusions sont autant de clés pour faire évoluer son système.

La durée et l’implantation des essais Syppre permettent aujourd’hui de produire des conclusions statistiquement valides sur l’efficacité de divers systèmes agroécologiques comparés à des systèmes traditionnels optimisés. Rappelons que dans chaque région, les premiers ont été imaginés en capitalisant sur l’expertise collective d’agriculteurs locaux, de partenaires économiques et des instituts techniques et ont pour objectif d’atteindre a priori la multiperformance.
Il est évident que l’effet du système est très fort sur l’atteinte de certains critères de performances. Par exemple, tous les systèmes innovants voient leurs performances techniques et environnementales améliorées comparativement aux témoins.
Des réussites très dépendantes des contextes locaux
Plusieurs éléments permettent d’expliquer pourquoi la multiperformance a été atteinte dans le Berry et le Béarn. À commencer par le choix des cultures, leur proportion et leur juste positionnement dans la rotation. Dans le Berry, le tournesol et le millet offrent des opportunités (calendrier, molécules autorisées, etc.) pour gérer les graminées adventices. Elles se sont avérées bien adaptées au contexte pédoclimatique local. L’évolution récente du système innovant prouve que la flexibilité dans le positionnement des cultures est un facteur de réussite essentiel. En effet, la règle de décision qui consiste à positionner ces cultures en fonction du salissement en adventices constaté dans la parcelle se révèle très efficace pour optimiser les performances du système. Ainsi, la meilleure maîtrise des adventices a, par ricochet, permis d’atteindre le potentiel de rendement des cultures suivantes.
Dans le Béarn, l’insertion de soja permet de réduire fortement les besoins en fertilisation azotée, et donc les émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’échelle de la rotation. La CIVE positionnée avant le maïs apporte un supplément de productivité et de rentabilité au système : le climat doux et humide en hiver favorise une forte production de biomasse, et l’existence d’un débouché en méthanisation garantit sa valorisation. Le Béarn réunit donc toutes les conditions pour voir l’ensemble de ses performances améliorées.
La diversification a des atouts certains…
Un des principaux leviers utilisés dans Syppre pour atteindre la multiperformance est l’introduction de nouvelles cultures, en complément des cultures classiques selon les régions, comme le blé, le colza, le maïs ou encore le tournesol. Les solutions issues de Syppre se voulant réalistes et transférables, les systèmes innovants excluent les cultures de niche, même si elles sont potentiellement plus rémunératrices. Ainsi, les cultures de diversification mises à l’épreuve dans Syppre en fonction des contextes locaux sont le pois chiche, le sarrasin, le chanvre et le millet. L’analyse multisite conduite en 2024 illustre que les cultures classiques sont la plupart du temps aussi bien réussies dans les systèmes innovants et témoins. En effet, les écarts de rendement constatés sont non significatifs, exception faite des situations où des itinéraires techniques très innovants sont testés sur les cultures principales. Ils nécessitent dans ce cas des « essais-erreurs » pour être au point : c’est, par exemple, le cas pour les techniques d’implantation de cultures industrielles en Picardie et Champagne.
Tableau 1. Synthèse de la multiperformance dans les systèmes innovants en comparaison aux témoins sur la période 2017- 2023. Les pourcentages moyens sont indiqués avec les écarts-types. En vert gazon : L’objectif est largement atteint. En vert pâle : L’objectif est pratiquement atteint. En jaune : L’objectif n’est pas encore atteint. En rouge : L’objectif est loin d’être atteint. * L’objectif de réduction est fixé par rapport à l’IFT régional, mais les valeurs de performances sont indiquées par rapport aux systèmes témoins. Tous les objectifs autres que l’IFT sont fixés par rapport aux témoins.

De plus, Syppre atteste que c’est grâce à la diversification des cultures – et presque exclusivement grâce à cela – que les performances environnementales sont améliorées. Par exemple, l’insertion de légumineuses en culture principale est le premier levier contribuant à réduire les émissions de GES à l’échelle du système : les résultats de la plateforme picarde illustrent parfaitement cela. En Champagne, l’introduction de chanvre, une culture peu exigeante en produits phytosanitaires, permet de réduire l’IFT moyen de la rotation.
… mais elle tend à dégrader la rentabilité du système
Les cultures de diversification ont tendance à avoir des rendements aléatoires, et occasionnent plus d’échecs : re-semis plus fréquents, parfois absence de récolte. Les raisons à cela sont multiples : elles disposent de moindres moyens de R&D (génétique, protection phytosanitaire, matériels spécifiques…) et sont parfois moins adaptées aux conditions pédoclimatiques des zones dans lesquelles on les introduit. Par ailleurs, ces cultures nécessitent un temps d’apprentissage avant de bien maîtriser les itinéraires techniques.
Durant cette période, la réussite de ces cultures est donc variable. Au-delà des risques d’échecs cités ci-dessus, la présence de cultures de diversification dans la rotation implique de réduire les surfaces des cultures principales. Or, ces dernières sont bien souvent les piliers économiques des rotations. Par conséquent, les cultures nouvelles tendent à dégrader la rentabilité du système, ce qui peut constituer un frein important à la diversification. La diversification contribue donc à la multiperformance à condition d’être bien adaptée et bien dosée. Une fois bien maîtrisées, les cultures de diversification peuvent apporter des bénéfices agronomiques à l’ensemble du système et des opportunités économiques, sous réserve que leurs prix de vente soient suffisamment élevés.
Pas de solutions clés en main
Les systèmes innovants qui n’atteignent pas la multiperformance ont tout de même des atouts à faire valoir. Ils prouvent que certains leviers ou combinaison de leviers sont efficaces pour mieux maîtriser les adventices sur le long terme, améliorer le bilan carbone ou encore réduire les émissions de GES. À condition toutefois de se donner les moyens de tirer bénéfices de ces leviers : cela passe par davantage d’observations au champ, de flexibilité sur les assolements et les itinéraires techniques, et éventuellement la possibilité d’accéder à du matériel spécifique. Syppre met ainsi en évidence que la transition agroécologique nécessite de la disponibilité, qui s’ajoute au temps de traction. Or, le temps est une denrée rare chez les agriculteurs.
Les systèmes de culture expérimentés dans Syppre depuis dix ans ne sont pas des solutions clés en main pour les producteurs de grandes cultures français. Ils n’ont d’ailleurs jamais eu vocation à cela ; c’est utopique lorsque l’on travaille avec le vivant. En revanche, chaque agriculteur peut trouver parmi les stratégies expérimentées dans Syppre une solution à l’une ou plusieurs de ses interrogations et/ou impasses techniques qu’il rencontre. Les échecs autant que les réussites du projet ont de quoi inspirer de nouvelles stratégies, et les leviers testés gagneraient à être plus majoritairement utilisés dans les exploitations.
Rendez-vous sur le site de Perspectives agricoles pour plus de détails sur les résultats de la plateforme du Berry







