Betteraves : stratégies payantes et rendements record sur la plateforme champenoise

En 2023, les bonnes conditions d’humidité ont permis d’atteindre des rendements records pour la plateforme Syppre Champagne sur certaines modalités de betterave. Après plusieurs années d’essais, l’atteinte de la multi-performance visée sur ce site se révèle être peu compatible avec l’emploi du strip-till qui a conduit, cette année, à des rendements décevants. 

Deux systèmes sont en place sur Syppre Champagne : un témoin représentatif d’une rotation locale optimisée, et un système innovant visant à répondre à plusieurs objectifs, dont la réduction de l’utilisation de produits phytosanitaires, et des émissions de gaz à effets de serre (GES). En 2019, l’objectif de se passer du glyphosate a été ajouté.  

Trois modalités de betterave sont présentes, soit en labour sur le système témoin, soit en techniques culturales simplifiées (strip-till ou déchaumage profond) sur le système innovant. L’emploi du strip-till visait à diminuer les risques liés à la battance, parfois observée sur les sols de craie, et à réduire les émissions de GES. 

Une productivité record en 2023 

En 2023, les semis des betteraves sur labour et après déchaumage profond ont atteint des rendements records grâce aux conditions d’humidité de l’année. La modalité d’implantation combinée au strip-till a conduit à un rendement significativement plus bas, du fait d’un retard de plus d’un mois de la date de semis. En effet, les nombreux épisodes pluvieux n’ont pas permis d’obtenir les conditions de ressuyage nécessaires à l’utilisation du strip-till. 

Sur les années antérieures, le retard de la date de semis nécessaire au strip-till n’avait été, au maximum, que d’une semaine. Comme le montre la figure ci-dessous, les niveaux de rendement des modalités implantées avec le strip-till étaient globalement satisfaisants au regard des niveaux de rendement de la modalité sur labour.  

Lab. : Labour ; ST : strip-till

Cependant, les nombreux objectifs visés sur la plateforme obligent à envisager des itinéraires peu compatibles avec l’emploi du strip-till. 

L’emploi du strip-till peu adapté aux nombreux objectifs visés sur la plateforme champenoise 

Pour répondre à l’objectif de réduire l’IFT, une rampe de localisation est utilisée sur toutes les modalités, permettant de limiter l’utilisation d’herbicides et d’aphicides.  

Elle est combinée à une bineuse pour réaliser le désherbage dans l’inter-rang. Le recours à cette dernière oblige donc à avoir un inter-rang bien dégagé, avec une présence de résidus végétaux limitée. Le couvert d’interculture est détruit et enfoui à l’entrée de l’hiver : on s’éloigne alors de l’utilisation de base d’un strip-till consistant à travailler dans un couvert vivant ou dans un mulch. 

Par ailleurs, l’objectif de se passer de glyphosate nécessite de retravailler le sol superficiellement en sortie d’hiver, rendant le sol meuble, et menant à la formation de buttes par le strip-till, comme sur la photographie ci-dessous  :  

Le guidage de la rampe de la localisation et de la bineuse peut alors être impossible, obligeant à réaliser les interventions phytosanitaires en plein. Dans cet objectif de multi-performance, l’utilisation du strip-till est incompatible avec l’abandon du glyphosate. 

Enfin, l’échec constaté en 2023 lié au retard de la date de semis a conduit à une perte de rendement significative et a rendu délicate la maitrise des adventices. En effet, une intervention au glyphosate avait alors été réalisée pour éviter les problèmes susmentionnés, mais le relai des pluies associé à un semis tardif a conduit à un salissement conséquent entre-temps, difficilement maitrisable par la suite. 

Or, sur une plateforme où, du fait de l’historique du site, les adventices sont présentes en grand nombre, sécuriser la conduite du désherbage est aussi une priorité. Cela est d’autant plus vrai pour la modalité de betterave en ante-précédent chanvre, où le salissement en chénopodes est particulièrement important (cf. article « Prudence sur la maitrise des adventices »). 

L’abandon du strip-till, au profit d’un déchaumage profond, ne dégraderait pas significativement les performances liées aux émissions de GES. En revanche, le risque de battance serait moins maitrisé. Aucun re-semis de betterave n’a été réalisé à cause de ce phénomène depuis le lancement de la plateforme en 2016, contrairement au colza, pour lequel cela s’est produit une fois. 

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