Expérimentée depuis 10 ans dans le cadre de Syppre-Lauragais, une stratégie de fertilisation des blés durs innovante produit depuis quelques années de très bons résultats : les rendements sont meilleurs que dans le système témoin, avec 83 unités d’azote en moins apportées et sans perte de protéines. Explications.

Le système innovant du Lauragais mobilise plusieurs leviers de l’agroécologie. La rotation est allongée et diversifiée, et elle intègre de nombreuses légumineuses en cultures de rente (pois chiche, pois) et en couverts (fèverole) pour enrichir le sol en azote organique. Les intercultures sont couvertes au maximum, avec une succession de couverts estival (moha et sorgho) et hivernal (fèverole + phacélie) pour restituer de la biomasse au sol et relever le taux de matière organique. Le travail du sol est également réduit, ce qui, couplé avec la couverture du sol, a permis d’améliorer la structure du sol et ainsi mieux lutter contre l’érosion. Depuis quelques années, on constate que cette combinaison de leviers profite au blé dur, notamment à la conduite de sa fertilisation. Rappelons que le blé dur est une culture exigeante en azote, surtout en fin de cycle pour assurer la qualité du grain. Le taux de protéine minimum attendu est de 13.5 %.
Une stratégie de fertilisation optimisée fondée sur l’observation, le système et le pilotage.
Dans le système témoin (rotation blé dur – tournesol avec labour), la dose d’azote minéral à apporter est calculée à l’aide du plan prévisionnel de fumure (Directive Nitrate) avec la méthode des bilans azotés. Une mesure de reliquat azoté en sortie d’hiver est réalisée sur chaque parcelle (figure 1), complétée par une mesure au N-Testeur à “dernière feuille étalée” pour ajuster éventuellement la dose lors de l’apport “qualité”. La forme azotée sélectionnée est l’ammonitrate. Les apports sont effectués en trois fois, répartis entre février et avril; ils permettent d’encadrer les stades clés de la culture, notamment les stades “épi 1 cm” et “gonflement des épis”. Ils sont réalisés si possible avant une pluie pour maximiser l’absorption, et sont anticipés si celle-ci est annoncée dans les 10 jours précédant l’atteinte du stade.
Dans le système innovant, la stratégie diffère un peu du système témoin. Un outil d’aide au pilotage de la fertilisation développé par Arvalis permet de moduler de façon optimale chaque apport d’azote. L’outil s’appuie sur le modèle CHN qui prend en compte la dynamique de croissance de la culture et des données météos actualisées et sur un modèle de dynamique des flux de carbone, d’azote et d’eau dans le sol, ainsi que la minéralisation en culture au regard des conditions climatiques
Depuis plusieurs années, les reliquats azotés en sortie d’hiver sont systématiquement plus hauts dans le système innovant (+15 kg N/ha en moyenne sur 2017-2025, et même +35 et +45 kg en 2024 et 2025). La dose total d’azote à apporter au blé dur est donc plus faible que dans le témoin, et les apports se fond plus tardivement dans le cycle de la culture. « Nous vivons le plus longtemps possible sur le reliquat azoté » témoigne Anthony Cazaban, pilote de la plateforme, « puis, nous suivons les préconisations de fertiAdapt, recalé avec nos observations de stades et positionnons les quantités d’ammonitrate au plus juste, une dizaine de jours avant que la plante ne subisse un stress azoté (visible via l’OAD) car c’est le temps nécessaire à ce que l’ammonitrate soit pleinement assimilable, et juste avant une pluie ».

Figure 1 : Les reliquats en sortie hiver sont mesurés sur toutes les parcelles. Ils sont quasi systématiquement plus haut dans le système innovant. On l’explique par la présence de légumineuses en culture et en couvert dans le système innovant.

Figure 2 : évolution des rendements des blés durs produits sur la plateforme Syppre.

Figure 3 : Les quantités d’azote apportées sur les blés durs innovants sont plus faibles dans le témoin du fait de reliquats plus hauts et d’un pilotage de la fertilisation plus fin.
Une stratégie multiperformante : rentable et durable !
Cette stratégie est payante car elle a permis des économies d’environ 83 unités en moyenne entre 2017 et 2025. Ces économies sont attribuables pour moitié à l’effet du système de culture et pour moitié au pilotage de l’azote basé sur le modèle CHN (figure 4).
En plus de la baisse significative de la dose totale apportée au blé dur, nous constatons depuis trois ans que les rendements en blés durs du système innovant sont meilleurs que ceux du témoin (figure 1).

Figure 4 : La stratégie de fertilisation des blés durs innovants sur Syppre Lauragais
Cette stratégie est doublement payante : elle permet de diminuer le coût de production du blé dur en préservant, voire en améliorant le rendement, et donc de gagner en rentabilité ; et elle contribue à limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’échelle de la culture. L’agriculture est un système émissif, mais c’est aussi un outil de réduction des émissions de GES.






