Réussir des colzas levés tardivement, est-ce possible?

Article publié le 17 mars 2021

Le manque de pluie à l’été 2020 a eu un impact sur les colzas, qui ont tardé à lever. Faut-il les conserver ? Quelques éléments de réponse avec Gilles Sauzet, ingénieur de développement chez Terres Inovia et responsable de la plateforme Syppre Berry.

La situation

Dans le Berry, et l’Indre en particulier, le manque de précipitations en juillet et août 2020 a empêché certaines parcelles de colza de lever au moment le plus opportun, avant le 1er septembre. Des pluies intervenues fin septembre ont entraîné une levée tardive de colzas. Cette situation a été constatée en 2020 sur la plateforme, et même depuis deux ans sur les exploitations d’agriculteurs partenaires de Syppre dans le Berry.

Deux critères importants : la date de levée et la structure de peuplement

« Il est possible de conserver des colzas qui ont levé tardivement en prenant en compte deux facteurs », indique Gilles Sauzet. D’abord, la date de levée est primordiale : celle-ci ne doit pas dépasser la fin du mois de septembre. Autre critère essentiel : la structure de peuplement. « Il peut être intéressant de conserver les colzas levés tardivement si le peuplement est de qualité et la répartition homogène. Celui-ci doit être situé entre 15 et 35 pieds par mètre carré, à adapter bien-sûr au contexte pédologique ». La réussite de ces colzas sera, de toute façon, fortement dépendante des conditions météorologiques, contrairement à un colza robuste. « L’agriculteur prend un risque supplémentaire, mais la réussite de la campagne n’est pas impossible ».

Anticipation et observation de rigueur

Pour réussir ses colzas dans ces conditions, il est alors indispensable de redoubler de vigilance en anticipant les agressions d’insectes et le développement d’adventices. « Nous savons que l’itinéraire technique sera particulièrement chargé, donc coûteux », prédit Gilles. En effet, la plante levée tardivement a une croissance trop faible pour faire face aux attaques des bio-agresseurs.

Le cas de la plateforme Syppre Berry : un itinéraire technique adapté

De nombreuses interventions et traitements ont dû avoir lieu pour permettre la croissance des colzas :

Contre les adventices, deux anti-graminées foliaires ont été appliqués début octobre et début novembre pour contrôler les repousses de céréales nombreuses et très vigoureuses, puis un traitement anti-dicotylédones début décembre (à mi-dose) et fin décembre (à pleine dose associé à un anti-graminée contre les vulpins par temps pluvieux).

Contre les insectes, il a été appliqué un traitement contre les altises adultes et les charançons du bourgeon terminal fin octobre, puis contre les larves d’altises fin décembre, et contre les charançons de la tige en début de montaison.

Plusieurs applications d’azote, de phosphore et de souffre ont été réalisés, en février (avant une pluie) à dose modérée, puis en mars (azote et souffre), grâce à une météo favorable. Un nouvel apport d’azote et de souffre devrait être prévu au stade E.

Résultat : une croissance continue des colzas

Actuellement, cet itinéraire technique chargé a donné des résultats satisfaisants : la croissance des plantes est continue, même si la biomasse aérienne est faible, la parcelle est propre et la plante saine.

A retenir

Un colza levé tardivement n’est pas robuste. Pour se développer, il doit être obligatoirement protégé et nécessite de nombreuses interventions, ce qui s’avère coûteux. Cette stratégie peut donner des résultats, à condition d’avoir de la chance et une météo favorable tout au long du cycle printanier. « Au prix où est le colza, cela peut être intéressant de prendre ce risque », conclut Gilles Sauzet.

Champ de colza en fleurs.

Colza : quel bilan à la sortie de l’hiver?

Article publié le 27 février 2020

Sur les parcelles des agriculteurs partenaires des plateformes Syppre, les colzas implantés à l’été 2019 se révèlent sains et robustes.

Sur les 43 parcelles pilotées par les agriculteurs, l‘enjeu principal est de réussir la levée avant le 1er septembre (voire début septembre pour les sols légers)  pour mettre en place des colzas robustes, faisant preuve de résilience face aux agressions multiples et face aux écarts climatiques.

Etre prêt à semer tôt

L’automne a été très favorable à la croissance des colzas à partir du 25 septembre. Malgré les températures élevées entre la levée et 4 feuilles, les colzas levés précocement résistent très bien, leur croissance est de meilleure qualité qu’en 2018. Mais le déficit de pluies lors des premiers semis de colza a entraîné souvent des travaux en sol sec, l’absence de travail est à privilégier dans ce contexte climatique en sols bien structurés. La grande majorité des parcelles sont levées au plus tard le 25 août. Les levées plus tardives, début septembre, concernent les colzas semés fin août en milieu limono-sableux.

Un conseil : anticiper les interventions

Il est nécessaire d’anticiper (dans l’interculture précédent celle du colza) les interventions profondes pour implanter un colza ou alors d’intervenir très tôt après une récolte précoce. Il est indispensable d’être prêt à semer tôt et se montrer réactif lors de prévisions de pluies. Etant donné les températures estivales élevées, l’assèchement est rapide et intense, il convient donc d’éviter les travaux tardifs, proches du semis pour que le colza profite au maximum des quelques millimètres disponibles.

Une fertilisation azotée précoce et une quasi-absence d’insecticides

Le comportement du colza en entrée d’hiver est excellent, même en sol argilo-calcaire superficiel. Dans ces situations pédologiques, une fertilisation azotée et phosphatée précoce a été fréquente (30 unités d’azote au plus tard fin août en plein, ou en localisé quand c’est possible ). La qualité des croissances automnales a permis de limiter les interventions contre les insectes d’automne, adultes et larves. Ainsi, 72% des parcelles n’ont pas reçu d’insecticide de la levée à la sortie hiver.

Une lutte nécessaire contre les adventices

De nombreuses parcelles ont été protégées contre les dicotylédones, en décembre. Les levées tardives d’adventices (octobre) et leur croissance très modérée ont permis ces interventions tardives dans un contexte de faible pression. Les interventions anti-graminées ont souvent été très précoces (repousses de céréales).

Ainsi, les plantes sont dans l’ensemble saines (pétioles), sans larves dans le cœur de la plante. L’objectif est d’obtenir, en avril, des parcelles propres, avec au moins 85 % de plantes saines et des poids frais aériens supérieurs à 4 000 gr/m² en sols superficiels et 4 500 à 4 000 gr/m² en sols plus profonds.

Une levée précoce pour des colzas sains

Article publié le 17 décembre 2019

Sur la plateforme Syppre du Berry, les colzas, levés précocement, font état d’une belle croissance.

Sur la plateforme Syppre, tous les colzas levés mi-août ont aujourd’hui de belles biomasses, comprises entre 1,2 et 2 kg. Qu’ils soient implantés dans des sols superficiels ou légèrement plus argileux, les colzas de la plateforme sont de couleur vert foncé, ce qui illustre un état azoté de bonne qualité. Ces observations visuelles ont été validées par des mesures de teneurs en azote.

Dans cette région, les semis ont été effectués au bon moment, soit après une pluie significative de 15 mm au moins, entre le 7 et le 13 août. Conséquence ? « Les levées sont précoces, autour du 15 août et la croissance du colza a été très dynamique après le stade 5 feuilles avec l’arrivée des pluies le 22 septembre », observe Gilles Sauzet, coordinateur de la plateforme Syppre du Berry pour Terres Inovia.

Les colzas profitent maintenant d’une bonne minéralisation. « Ces colzas précoces sont très peu élongués, les densités sont modérées entre 15 et 25 plantes par mètre carré. A ce jour ils n’ont reçu aucun insecticide et les observations réalisées sont très rassurantes quant à leur état sanitaire ».

Une nouvelle fois, l’anticipation au niveau de la préparation de sol et la réactivité pour décider de semer ont permis de réussir l’implantation de colzas, très peu soumis aux contraintes des divers bio-agresseurs présents de la fin de l’été jusqu’au début de l’hiver. L’association de légumineuses, de biomasses significatives (400g/m² au moins), renforce ce constat de robustesse et de bonne mise en place du potentiel.