Chaque année, les expérimentateurs de l’action Syppre en coteaux argilo calcaires du Lauragais font un bilan des résultats et enseignements de la campagne écoulée et leur synthèse depuis le début du projet.

Campagne 2024-2025 : le système innovant confirme son potentiel
Comme les années précédentes, la campagne 2024-2025 a été marquée par des conditions climatiques contrastées. L’automne, particulièrement humide, a retardé les semis des céréales. Le printemps, très pluvieux, a perturbé l’implantation du sorgho et du tournesol. Enfin, l’été chaud et sec a pénalisé le développement et le rendement de ces deux cultures. L’hypothèse la plus probable repose sur un déficit de rayonnement au moment du remplissage des siliques, période clé pour l’élaboration du rendement.
Implanté selon la technique du colza robuste – semis très précoce juste avant une pluie – le colza a levé de manière satisfaisante et a suivi un cycle végétatif favorable.
Malgré cela, le rendement reste décevant, avec seulement 23,8 q/ha récoltés.
Comme indiqué dans notre article, les blés (dur et tendre) livrent une belle performance en 2025 dans le système innovant. Les parcelles sont très propres, le ray-grass ayant été particulièrement bien géré, la quantité d’azote apportée réduite de 80 unités et les rendements compris entre 65 et 68 q/ha. Le blé dur témoin accuse le coup d’un salissement prononcé et plafonne à 55 q/ha.
La pression adventice se différencie selon les systèmes.
La pression du ray-grass augmente dans le système témoin. La récurrence du labour tous les deux ans et le retour rapide des céréales dans l’assolement expliquent cette dérive. En revanche, la maîtrise se parfait dans le système innovant avec des ray-grass très bien maitrisés dans les céréales à pailles, parce que maitrisés avant dans le pois et le colza. Ce résultat est d’autant plus notable malgré l’épisode de gel ayant détruit les pois en 2024.

Tableau 1: Performances du système innovant par rapport au système témoin. Les valeurs absolues indiquées sont celles du système innovant et les pourcentages représentent les écarts relatifs entre le système innovant et le système témoin.
Le haut du coteau, plus performant en innovant qu’en témoin ?
On constate depuis quelques campagnes que le haut du coteau du système innovant s’en sort mieux que le haut du coteau en système témoin, notamment en période de sécheresse.
En effet, l’analyse des rendements montre que depuis 2021, les rendements des blés durs sont plus importants dans la partie haute du coteau sur le système innovant que sur le système témoin, avec toujours moins d’azote dans l’innovant que dans le témoin. Notre hypothèse est que l’ensemble des leviers mis en œuvre dans le système innovant pour améliorer la structure du sol, l’enrichir en matières organiques, bénéficie en particulier aux hauts de coteaux, naturellement plus pauvres. En moyenne 4 quintaux/ hectare sont produits en plus dans les hauts de coteaux du système innovant ; ce qui restore une productivité plus intéressante pour l’agriculteur. Cf article renouer avec des bons rendements
La multiperformance à portée de main
Si on regarde les différents indicateurs à l’échelle du système, on peut voir que la productivité tend à s’améliorer ces 3 dernières années, ainsi que l’efficience énergétique. Les indicateurs environnementaux sont également meilleurs grâce aux efforts faits sur la fertilisation (quantité d’Azote et émissions de GES). En revanche, la marge et l’EBE reste en dessous des performances du témoin. Comme sur les autres sites, la dilution des cultures rémunératrices est la principale cause : 50% de la sole est en blé dur dans le témoin, contre 25% dans l’innovant. Ensuite, les cultures de diversification n’ont pas de performances suffisamment stables dans le temps pour contribuer positivement à la marge. Cependant comme expliqué plus haut, ces cultures permettent d’améliorer grandement les performances du blé dur et les performances de la parcelle sur laquelle l’essai est conduit (taux de MO en haut, meilleure stabilité structurale…). Un compromis reste donc à trouver entre mobilisation des leviers agroécologiques et maintien de la performance économique.