Après huit ans d’expérimentation, la majorité des plateformes de l’Action Syppre a réduit ses IFT, sans toutefois atteindre l’objectif initial de -50 %. Si la rotation semble effectivement avoir un effet sur la réduction des IFT, la diversification est, selon les cas, un levier ou un frein.

L’un des axes travaillés par Arvalis, l’ITB et Terres Inovia en vue d’atteindre la triple performance économique, environnementale et de productivité est la réduction de la dépendance aux produits phytosanitaires. À ce titre, ils se sont fixés quatre grandes règles à respecter sur chacune des plateformes : réduire les IFT de 50 % par rapport au système témoin[1], représentatif des pratiques locales optimisées dans le cadre des protocoles expérimentaux, s’interdire l’usage de molécules dites « sans avenir », bannir les néonicotinoïdes dans les systèmes intégrant de la betterave, et n’utiliser le glyphosate qu’en derniers recours. Pour cela, les ingénieurs et techniciens des trois instituts, en concertation avec leurs partenaires locaux dont des agriculteurs, ont misé sur la combinaison de leviers. Ces derniers combinent prophylaxie (diversification des cultures, rotation, choix variétal, travail du sol, etc.), et méthodes de lutte en culture – tant alternatives (désherbage mécanique et biocontrôle) que chimiques.
[1] Les interventions phytos sont soumises à des seuils de déclenchement basée sur des observations de terrain et des notations.
Les cultures de diversification impactent les IFT
Lors d’un webinaire en novembre dernier, les trois instituts ont dévoilé les conclusions de huit ans d’expérimentation sur la réduction de l’usage de produits phytosanitaires. Premier constat, quatre des six systèmes innovants testés voient effectivement leurs IFT réduire, de -9 % à -25 % par rapport au témoin (figure 1). Une amélioration qui reste toutefois en deçà de l’objectif de -50 %. Dans les deux systèmes où les IFT augmentent, la principale explication repose sur l’introduction de cultures plus exigeantes en produits phytosanitaires que dans le témoin : céréales dans la rotation en trois ans du Béarn vs monoculture de maïs dans le témoin ; colza dans la rotation en huit ans du Lauragais vs succession blé dur-tournesol dans le témoin. A contrario dans le Berry, c’est justement l’introduction de maïs (puis de millet à partir de 2020) et de tournesol dans le système innovant qui permet de faire baisser l’IFT par rapport au témoin composé d’une rotation colza associé à des légumineuses gélives – blé – orge. Ainsi, la diversification peut, selon les situations, être un levier de réduction des IFT, notamment lorsque la rotation a précisément été conçue pour cet objectif.

Berry : stratégie payante pour maîtriser le vulpin
Dans le Berry, maîtriser le vulpin a dès le début était un objectif prioritaire du système innovant, tant la pression exercée par l’adventice est importante. Il a donc été conçu pour intégrer des espèces de familles différentes, et plus de cultures de printemps afin de créer des ruptures dans les cycles et les types d’adventices. Ceci introduit de nouvelles opportunités de gestion chimique ou mécanique. La succession de deux cultures d’été (maïs et tournesol, puis millet et tournesol depuis 2020) pour rompre le cycle des adventices d’automne s’avère être une stratégie payante. Cela se traduit aussi bien par des notes de satisfaction de désherbage plus élevées que par la baisse de l’IFT herbicide de la culture de blé tendre qui suit. Cette dernière voit même son rendement progresser, améliorant la marge et donc les performances économiques de ce blé de tournesol comparativement au blé témoin. Pour éviter que la situation ne se dégrade au cours des années suivantes, la clé est de faire preuve de flexibilité sur le positionnement de cette succession de cultures de printemps.
Lauragais : deux couverts d’affilée pour réduire l’IFT herbicide du tournesol
Le deuxième enseignement est tiré de la plateforme du Lauragais, où les sols argilo-calcaires en coteaux très sensibles à l’érosion ont induit un système innovant qui intègre de nombreux couverts d’interculture, en particulier sur les intercultures longues, et limite le travail du sol. En parallèle, la pression ray-grass y est très forte et l’usage du glyphosate se fait seulement en dernier recours. Les expérimentateurs ont donc choisi d’implanter entre le blé dur et le tournesol deux couverts d’affilée : un sorgho fourrager associé à du moha, suivi d’un couvert de féverole, de phacélie et de radis chinois. La destruction du premier couvert dépend de sa réussite et de son salissement (ensilage ou charrue déchaumeuse). La destruction du second est faite mécaniquement grâce à un rouleau hacheur. Depuis 2018, la stratégie s’avère payante : l’IFT herbicide du tournesol est systématiquement inférieur dans le système innovant comparé au témoin.
Des choix aux effets parfois antagonistes
Le bilan de ces huit années d’essais pour réduire la dépendance aux produits phytosanitaires montre qu’il est difficile d’améliorer toutes les performances en même temps et d’atteindre les objectifs initiaux. Cela pousse même parfois à faire des choix expérimentaux qui, au sein d’un même système, ont des effets antagonistes. Par exemple, dans le Lauragais, la destruction mécanique des couverts pour réduire l’IFT herbicide vient en contraction avec l’objectif de limiter le travail du sol pour lutter contre l’érosion. Malgré cela, les observations visuelles démontrent une meilleure résistance su système innovant aux phénomènes érosifs que le système témoin.







