Pour tenter d’enrayer la perte de matière organique et préserver la fertilité des sols dans le temps, de nombreux leviers agronomiques ont été mis en œuvre dans le système innovant de Syppre Picardie. Mais quid de leur impact sur le bilan carbone ? Réponse ci-dessous.

Préserver la fertilité des sols constitue un enjeu majeur sur la plateforme Syppre Picardie. En effet, bien que parmi les plus fertiles de France, la richesse en limons des sols picards les rend sensibles à la battance et au tassement. Ce risque est renforcé par la part importante des cultures industrielles (betteraves, pomme de terre) dans cette région, qui nécessitent du matériel de récolte très lourd. De plus, les taux de matière organique de ces sols sont faibles, en moyenne 1,6 %
Depuis 2015, divers leviers agronomiques sont donc testés sur la plateforme pour répondre à cet enjeu de fertilité. Le bilan carbone des systèmes innovant et témoin a été établi dans le cadre de l’objectif de multiperformance recherché sur l’ensemble des plateformes Syppre.
Légumineuses et PRO pour améliorer le bilan carbone
Les leviers agronomiques en test sur la plateforme sont : les couverts végétaux riches en légumineuses, notamment dans l’interculture avant cultures de printemps, l’intégration de légumineuses en culture principale ou encore l’apport de produits résiduaires organiques (PRO). Tout en maximisant la restitution au sol de résidus de cultures, ces leviers permettent aussi de réduire le recours à l’azote minéral, responsable d’une partie non négligeable des émissions de gaz à effet de serre (GES) en agriculture. Un point important alors que les cultures industrielles sont fortement consommatrices d’azote.
La méthode LBC-GC mobilisée pour calculer le bilan carbone
Après quelques années d’expérimentation et grâce à la méthode Label Bas-carbone pour les Grandes cultures (LBC-GC), une simulation de l’évolution du stock de carbone du sol pour le système innovant et le témoin a été réalisée. Pour rappel, la méthode LBC-GC calcule un bilan entre le carbone stocké dans le sol et les émissions de gaz à effet de serre liées à l’usage d’engrais et de combustibles (mécanisation, séchage, etc.), mais également à leur fabrication. Pour le système innovant, deux périodes distinctes ont été retenues : lorsque la rotation contenait un légume d’industrie (2017-2022), et depuis qu’il n’y en a plus (depuis 2023).
Les deux systèmes déstockent du carbone
Systèmes innovant et témoin déstockent du carbone du sol malgré l’introduction de couverts d’interculture. Le déstockage est un peu moins important dans la version actuelle du système innovant qui contient deux colzas (Figure 1). En effet, cette culture est riche en résidus et exporte moins de carbone qu’une culture d’industrie.

La rotation, qui est davantage diversifiée (insertion de légumineuses, fréquence réduite de cultures industrielles, etc.) dans le système innovant a permis de réduire nettement la fertilisation minérale, et donc les émissions de GES, Les efforts sur la gestion de la fertilisation vont se poursuivre avec l’utilisation de l’OAD CHN conduite pour optimiser les apports d’azote sur le blé.

En revanche, l’utilisation du compost dans le système innovant a un effet très négatif sur les émissions de GES ( GES amont ORGA- Figure 2). En effet, le compost étant un déchet, dans la méthodologie actuelle, l’ensemble des émissions de GES du déchet pèse dans le bilan de l’utilisateur final, à savoir l’agriculteur. Une nouvelle version de la méthode LBC-GC est en cours de rédaction et devrait intégrer une ventilation différente et plus juste pour le producteur.
Une amélioration insuffisante pour générer des crédits carbone
Au final, le bilan carbone du système innovant sur Syppre Picardie est négatif : les efforts pour réduire les émissions de GES en réduisant les apports d’azote minéral ne permettent pas de compenser le déstockage de carbone. Ainsi il n’est pour le moment pas possible de générer des crédits carbone avec ce système. Malgré tout, Il est toutefois intéressant de noter que le système innovant s’en sort mieux que le témoin vis-à-vis du déstockage de carbone, surtout depuis l’intégration du second colza.







